Joyeux anniversaire

Joyeux anniversaire
J'espère que tu vas bien et que tu as trouvé ce que tu cherchais pour ton avenir et ton futur, je te souhaite d'avance plein de bonheur, d'amour, et bien sur plein de cadeaux;

Gros bisous, je pense à toi
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# Posté le samedi 19 janvier 2008 19:09

Envollée nocturne

Envollée nocturne
Une fois de plus je me retrouve seul, en train d'errer dans la ville au hasard des rues.
Aujourd'hui, plus encore que d'autres jours, je préférerais être en compagnie. Même si je n'apprécie pas tout ces symboles détournés, ni ces orgies et ces effusions programmées par la publicité, je suis humain.

Que faire ? Mes rares amis se retrouvent en famille et je n'ai pas eu envie de me mêler à eux. De toutes façons, ils m'avaient invité seulement par obligation.

La nuit va bientôt tomber, toutes les lumières s'allument : sapins, guirlandes, néons, enseignes, phares, cafés et restos. Toute la cité s'illumine, parfois c'est laid, d'autres fois c'est plutôt beau.
Les passants s'activent encore plus, poussés par la nuit. Les néons clignotent au rythme des pas gagnés par l'excitation. Quelques flocons tombent : la nuit de Noël peut commencer.


Je relève alors mon col et marche moi aussi d'un pas décidé, comme si j'allais quelque part.

La frénésie s'intensifie. Vite, acheter un dernier cadeau, un peu de houx, un bout de fois gras ou de saumon.
Certains ont l'air vraiment contents, les commerçants surtout.
Tous se préparent au rituel du bonheur planifié. Il y a ceux qui ne font rien de spécial et ceux qui sortent le grand jeu. Par moment, ils se croiront heureux, après quelques verres ou devant un joli cadeau.

Je vois souvent les lueurs blafardes des télés sortir des carreaux embués. Les fées paillettes du petit écran distribuent la fête à grosses pincées pour ceux qui ne sont plus capables de veiller, ou qui sont seuls, avec leur chat, leur poisson rouge ou leur canari.
J'avais bien apprivoisé un moineau mais il s'est envolé pour de bon. Et je n'aime pas garder un animal dans mon minuscule appartement, j'ai l'impression qu'il est en prison, comme moi dans cette ville.

Il neige de plus en plus, je m'arrête un moment sous un porche, en attendant une accalmie. J'entend des rires et des chants qui viennent des étages. Ca y est, ça commence, ils vont se gaver toute la nuit.
Je m'enfuie en marchant à toute allure pour oublier les monceaux de viande ingurgités, et pour me réchauffer.
Après le festin viendra la cérémonie des cadeaux. Pour la plupart, il ne s'agira que de babioles inutiles et jetables.
Mes amis m'offriront sûrement quelque chose demain. Je me suis fais cadeau de chaussures de marche
et d'un joli foulard.

Qu'est-ce qu'elle est grande cette ville ! Je crois que je n'ai pas encore arpenté toutes ses rues. Certaines avenues ne finissent jamais. Certaines fois je me demande si ça vaut encore la peine de marcher à la recherche d'une âme soeur.
Qu'il s'agisse de quartiers riches ou pauvres, de boulevards ou de ruelles, les gens se ressemblent tous : une ombre, une coquille vide, sans sève ni substance. Aujourd'hui, ils vont tenter de se donner un peu de vie avec du champagne, du boudin et des guirlandes électriques !

Je pourrais rester immobile au centre ville, avec une pancarte qui dirait : "si vous en avez assez de tourner en rond en vous piétinant, faites-moi signe".

Ouais, en attendant je marche. Dans les rues illuminées je suis quasiment seul à présent, les fous sont rentrés chez eux.
Sur le lot quelques uns penseront à la misère du monde, aux affamés, aux isolés, quelques instants entre le ragoût et le gâteau. Certains font des dons, ou même des actions. Ils donnent un petit peu, de temps en temps, pendant que tout le monde gaspille et exploite son prochain.

Des églises proviennent les chants, assourdis par la neige, de ceux qui prient pour un monde meilleur. Seuls les corbeaux les entendent, les hommes s'en moquent et Dieu ne peut pas imposer l'amour. Après cette extase de bonne conscience, frelaté au parfum d'encens, ils iront faire le bourreau, ou la victime.

Tiens, une foule, une queue, ah oui, c'est la fête des pauvres, des S.D.F., des exclus du grand banquet. On leur offre un bon repas, ils mangent ensemble sous un chapiteau, dansent et chantent. Je pourrais me joindre à eux, on ne me demanderait rien, j'aurais un peu de chaleur humaine.
Je failli me laisser tenter, mais non, c'est quand même trop vulgaire pour une fête de Noël. Et puis ça rime à quoi, amuser ces gens une fois par an et le reste du temps les ignorer.
De plus, ces repas de viande me rebutent trop. Je préfère encore marcher, avec mes pensées et mes rêves.

Mes pas crissent sur la neige qui s'épaissit, il fait plus sombre, je sors des rues passantes. Un instant, je regrette ma fuite. Je pourrais encore retourner en arrière.
Ne suis-je pas trop difficile, trop fermé, trop dur. Pourtant je peux aussi être joyeux et plein d'espoir, mais pas comme eux. Je ne peux décidément pas me mêler à eux, on serait trop décalé, je ne serais pas bien et je les gênerais.

La neige a cessé, je me secoue. En sortant de mes réflexions, je m'aperçois que je suis dans un quartier qui m'est inconnu. Je dois être assez loin de chez moi. Il faut quand même que je rentre, je ne vais pas marcher toute la nuit.

Tandis que je cherche ma route, un chien s'approche de moi. Il aboie et m'invite à le suivre en me tirant par le pantalon. Intrigué, j'obtempère. A part un vendeur de sapins, c'est la première fois qu'on s'intéresse à moi.

Quelques dizaines de mètres plus loin, nous arrivons dans une cour intérieure. Sous un vieux balcon je découvre une chatte. En regardant de plus près je me rends compte qu'elle a mis au monde quatre chatons. Ils sont dans un carton, à la merci du froid. Le chien, tout content, lèche la mère.
Je crois maintenant avoir compris. Tous deux sont amis et vivent dans la rue. Le chien, inquiet, était parti chercher de l'aide.
Il faut que je fasse quelque chose. Je pourrais les emmener chez moi. Non, c'est loin et je ne suis pas sûr qu'ils acceptent de me suivre.
En réfléchissant, j'aperçois un tas de bois et de cartons sous le balcon. Je sais ! Je vais faire un feu. Le coin n'a pas l'air très habité et tout le monde est tellement occupé en ce moment.
Rapidement le feu crépite. Il sera le bienvenu, le ciel s'est dévoilé et un froid pénétrant s'installe.
J'entoure les chats avec mon foulard. Ensuite je partage avec le chien la bonne tablette de chocolat que je m'étais procurée en vue d'une veillée solitaire. J'entrepose un petit tas de bûches à portée de main et nous nous blottissons devant la chaleur. Je met le carton avec les rejetons sous mon bras tandis que le chien s'installe sur moi.

Nous avons chaud. Le feu rayonne et fait briller la neige. Devant ce spectacle sans cesse en mouvement, j'oublie tout.
La braise claque, les volutes de fumée prennent le chemin du ciel en tournoyant.
Je contemple alors les étoiles, l'oeil de la nuit m'observe.
Le manteau immaculé qui recouvre la cité lui offre quelques instants de pureté.
Bercé par la danse des flammes, je ne sais plus si je suis encore éveillé.
Soudain, depuis la lune, une file de nomades descend vers moi avec leurs caravanes. Elles sont multicolores, très fleuries et habitées de gens souriants tous différents.
Je les entends m'appeler : "Viens, viens avec nous, si tu en as assez de tourner en rond dans cette cité, viens. Nous aussi avons choisi de vivre pour de bon et nous faisons le tour de la terre à la recherche de nos frères."

Après la surprise, me viennent la joie et le réconfort. C'est sûr que j'en ai assez d'être seul au milieu de la foule des rues, mes compagnons animaux aussi d'ailleurs.

Sans hésiter, le chien s'élance. Je le suis, le carton sous le bras et nous nous envolons avec les voyageurs.

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# Posté le mercredi 16 janvier 2008 12:39

Modifié le samedi 19 janvier 2008 17:24

dieu est parmi nous

dieu est parmi nous
Cette année, l'événement va avoir lieu le 25 décembre, il était temps ! C'est sans doute un clin d'½il aux anciennes traditions. Il faut dire que depuis le temps, presque chaque jour de l'année a vu au moins une naissance, c'est tous les jours Noël ! De toute façon, tous les jours sont sacrés, alors...

Comme d'habitude, une étoile filante très brillante a illuminé le ciel et indiqué l'endroit environ 24 heures à l'avance. Cette année ça se passe dans le sud de la fédération occitane, vraisemblablement près de la mer, dans la Catalogne du sud. Aussitôt, l'événement est annoncé à toute la planète. Ce soir, tout le monde veillera ensemble, et ensuite les trois jours de fêtes et de prières suivront, peut-être plus.
Tous les peuples de la Terre se préparent dans la joie, ceux qui peuvent arrêtent leurs activités pour préparer les festivités. Tous les lieux de prière sont fleuris, les lampions apparaissent partout, sur les fenêtres, dans les rues, dans les arbres. Dans la simplicité et l'amour, chacune sent son c½ur battre plus fort, les âmes se réchauffent et la fraternité redouble, si tant est que ce soit possible de faire plus !
Notre créateur sait qu'elle sera bien accueillie, quel que soit l'endroit de sa naissance. Il est chez elle sur Terre, elle ne risque plus de se faire emprisonner, avorter, rejeter ou crucifier, comme aux anciens temps barbares que l'on peut contempler avec effroi dans les musées et les archives informatiques.

Les autres incarnations de Dieu sont questionnées sur le nom de la nouveau venue, mais elles se contentent de sourire en disant : « vous verrez bien ».
Alors on attend les signes suivants.

A la fin de l'après-midi du 25, alors que le jour commence à décliner, l'événement merveilleux se précise. Comme d'habitude, on remarque des animaux de toutes sortes qui convergent vers un point précis. Les caméras qui ont été dépêchées dans la région captent le phénomène et le transmettent à la planète entière, on ne va pas toustes se déplacer là-bas ! Il semble que ce soit un petit hameau de bord de mer qui est concerné. Les habitants du coin affluent tranquillement vers le groupe de maison. Très vite, on sait qu'une seule fille est enceinte dans ce secteur. Evidemment, elle est bientôt au terme de ses neuf mois de grossesse. Les êtres animaux se pressent en grand nombre vers la maison de la communauté où vit cette personne. Il y a même des dauphins et des baleines qui approchent du rivage. Les oiseaux se posent sur les toits du hameau en tourbillonnant, il n'y a aucun doute, c'est bien elle. Les animaux sont les seuls à sentir à l'avance où se passera la naissance extraordinaire, Dieu leur a offert cette grâce.
Il y a foule, tout le monde attend calmement. Les chevaux grapillent quelques touffes d'herbe en soufflant, les oiseaux chantent à tour de rôle, les êtres humains présents s'embrassent autour d'un immense feu de joie sur la plage. Des braises montent vers le ciel en éclairant les vagues et les geysers des baleines.

La mère biologique de Dieu de cette année s'appelle Maria, encore un clin d'½il sans doute ! Elle porte un enfant en parfaite santé, que sa communauté a déjà appelé Claudine. Quand Maria apprend la nouvelle, elle manque de s'évanouir, surtout que les contractions commencent. Heureusement, les onze autres personnes de sa communauté sont là pour la rassurer, sauf une pardon, qui ne pourra pas être là à temps car elle voyage à l'autre bout du monde.
Tout le monde suspend son souffle alors que commence l'accouchement. Au bout de deux heures, Claudine apparaît au monde, tout c'est bien passé. Comme tous les nouveaux-nés, elle semble un peu étonnée et perdue. Elle crie à peine, et sourit quand un chien nommé zoé lui lèche le visage.
Le monde entier découvre sa figure, encore un peu fripée. L'allégresse est générale, tout le monde danse, se tient par la main ou le cou. Les larmes de joie sont fréquentes et la fête commence. L'événement a beau se produire chaque année, c'est à chaque fois une explosion de vie.

Les êtres animaux et humains qui sont sur place veulent tous voir et toucher l'enfant, celle qui l'a portée et les autres personnes de cette communauté. Alors on fabrique une chaise à porteur confortable, on y installe Maria et Claudine-Dieu, bien emmitouflées, et la troupe fait le tour du hameau à la lumière des bougies. Les dix camarades de Maria portent la chaise à tour de rôle. Les chevaux et les ânes effleurent Claudine avec leurs naseaux, des petits oiseaux se posent sur la chaise et la tête de Maria, qui est aux anges. Quand le cortège passe sur la place, on peut voir des centaines de poissons faire des bonds hors de l'eau pour la saluer. Des jeunes jettent des confettis en forme de fleurs. Ensuite, l'équipage retourne au chaud dans la maison, on a beau être au bord de la Méditerranée, c'est l'hivers, et il souffle un peu de tramontane. De toute façon, elles doivent se reposer au calme à présent.

Tout le monde commente cette naissance, certains astrologues font déjà son thème astral : quelle sera la mission de Dieu incarné cette fois-ci ?
Les autres incarnations de Dieu, jeunes ou âgées, annoncent qu'elles rendront visitent à Claudine très bientôt. Avec cette dernière, elles sont à présent 95, Claudine est la 1412ième incarnation connue. Deux sont mortes cette année, à 88 et 101 ans. Leur nombre moyen en vie se situe à 97, qui est aussi l'espérance de vie des humains à présent. Elles se répartissent sur toute la Terre, ont toutes des activités variées.

Toutes les incarnations de Dieu vivent en toute familiarité et égalité avec les humaines, Elles ont beau être Dieu, elles vivent pleinement la condition humaine, elles sont des deux natures et ne veulent aucun traitement de faveur. Elles ne vivent pas à l'écart, elles s'intègrent comme tout le monde dans une communauté de vie, la plupart du temps là où elles sont nées, en toute humilité. Elles veulent éprouver la condition humaine, dans toutes ses dimensions, essayer de bien vivre leur vie. Evidemment, leurs ½uvres sont souvent de l'ordre du génie dans leurs domaines d'activités, mais elles ne font pas de miracles, elles ne bouleversent pas le fonctionnement des lois de la matière et de la vie. Elles essayent juste d'être exemplaires et de guider discrètement les humains.
Je me demande ce que doivent penser et dire deux humains-Dieu quand ils se rencontrent. En tout cas, ils se comportent comme tout un chacune, il est même arrivé que deux humaines-Dieu fassent l'amour ensemble. Une fois, une fille-Dieu est tombée enceinte, semble-t-il, d'un garçon-Dieu, et l'enfant issu de cette union n'avait rien d'extraordinaire, il était humain comme les autres, tout comme les humains nés d'une union « mixte » humain/Dieu incarné.

Au début, les personnes qui côtoient les humains-Dieu sont intimidées, elles ont peur de mal s'y prendre, mais avec le temps et devant la simplicité de Dieu incarné, tout se passe bien et elles oublient sa nature duelle. Il arrive même que l'humain-Dieu est le plus embarrassé. Vous pensez bien que ça ne doit pas être facile d'assumer les deux natures.
D'ailleurs, les humains-Dieu ont décidé lors de l'une de leurs réunions que d'ici quelques temps, ils-elles n'annonceraient plus leurs naissances, ils-elles viendraient incognito, toujours une fois par an. Ce sera plus simple pour tout le monde. Et puis ils-elles pensent aussi s'incarner parmi les êtres animaux, eux aussi ont bien besoin d'une présence à leur côté.

Pour l'instant, Claudine poursuit sa vie au bord de la mer. Elle sera sans doute, si sa liberté veut aller dans ce sens, spécialiste des animaux marins, pour établir de nouveaux moyens de communication entre les humains et les êtres des océans.
Dans la baignoire, elle nage déjà comme un poisson.
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# Posté le mercredi 16 janvier 2008 12:34

Modifié le samedi 19 janvier 2008 17:19

Les miroirs de glace

Les miroirs de glace
Au sol, entre les montagnes et les mers, on trouve toujours des blocs de verdure au carré, des blocs d'habitation bien taillés reliés par des routes en pointillés à des blocs de production et de consommation bien calibrés. Des alignements, des éparpillements, des empilements de béton, de goudron, de plantations savamment étagées, un ordonnement méthodique et absurde où tout doit fonctionner dans le même sens, les autres étant tacitement interdits. Les trains de marchandise et les files de voitures se croisent, se percutent et se toisent, et l'ensemble continue à tourner en rond malgré les virages, le vide est son moteur et la mort des figurants son carburant, inépuisable.

La machine s'emploie à tout retourner, tout effacer, sa tâche est de se faire oublier, facile de juste fonctionner et crever entre deux mirages.
Même les ondulations des collines sont aplanies, découpées, la civilisation s'est oubliée et laisse partout sa trace noire, mais personne ne veut quitter la place et faire naître un espoir.
Les étendues d'eaux calmes continuent pourtant de refléter le ciel, mais qui va perdre son temps à les regarder pour découvrir son âme toujours gelée derrière les miroirs de glace ?

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# Posté le mercredi 16 janvier 2008 12:24

Modifié le samedi 19 janvier 2008 17:20

Sur l'herbe grasse

Sur l'herbe grasse
La pelouse les attend au ras des pâquerettes. Elle contracte ses racines et rétracte ses feuilles pour supporter l'invasion barbare. Les troupeaux se déposent en masse avec leurs sacs et leur air las. A la tombée de la nuit, ils s'accroupissent là pour paître en cercle et accomplir leurs rituels.
Ils s'épient et s'observent avec leur air de rien en mâchant leur sandwich et leur bière. Ils évaluent méthodiquement leur tour de taille et les contours de leurs fringues. La chair molle se déballe méticuleusement pour les regards qui jaugent les bourrelets et les bronzages à point. Laquelle est bonne, lequel fera l'affaire ?! Jouir un maximum de leur pack et de certains replis de peau est leur seul univers, celui du bonheur obligatoire.
Les clans s'assemblent et se ressemblent dans le ballet réglé des séductions contrôlées. Regards aiguisés derrière les lunettes noires, prêts à torturer les morts pour obtenir leur pitance, à vider leur corps pour en extraire un peu de sang frais.

La soirée s'étire dans le silence de leur absence au monde, le brouhaha et les sons de la scène ont pris depuis longtemps le dessus. Ils semblent heureux, cachés sous la nappe sonore du pique-nique vibratoire. Leurs corps souples et propres reproduisent toutes les positions vues ailleurs. L'alcool délie les langues nouées par la peur et noie les cerveaux dans une insignifiante brume collective, ils finissent par rire aux éclats. L'herbe plus grasse qu'eux amortit le choc quand ils se roulent en terre.

La nuit se file, ils dansent immobiles les uns à côté des autres, leurs mains se faufilent vers un sexe à pincer ou un joint à fumer. Des couples s'enfilent et s'étranglent pour voir l'amour dans leurs yeux clos. Immobiles, ils défilent en rythmes à la mode, leurs corps ondulent sous leurs vêtements longuement étudiés.
Attitudes stéréoscopiques répétées sous euphorie chimique, la transe est leur seul transport. Jouer, s'amuser jusqu'à plus soif, s'éclater dans sa bulle font toute leur politique.

Après la marée haute de leur hystérie collective, la tension retombe et le froid les cueille, les mollusques rentrent dans leur carapace étanche sous une pluie de basses.

Le lendemain, il n'en reste plus rien, des taches d'herbe écrasée et un champ d'ordures, canettes et sacs, capotes et clopes grillées étalées, éparpillées sont le seul désordre de la soirée.
Se sont bien défoulés, bien amusés, le monde peut continuer à crever, leurs bulles sont de béton et leurs têtes armées, prêtes à tirer leur coup. Ils sont fiers et tranquilles, ils n'ont peur de rien, l'avenir leur appartient, leurs prédécesseurs l'ont payé assez cher, à eux de prendre l'ascenseur sans retour.
Le lendemain, il ne reste plus rien, des tas de cendres invisibles qui nourriront la bonne herbe, le foin du prochain bétail qui gigote encore dans son abattoir.
Ils sont fin prêts, bien gras, le cerveau stimulé électroniquement et sans même un fil pour se pendre.
Ils sont recuits, grillés à point, la griffe n'a plus qu'à les cueillir dans leur parc électronique pour alimenter la roulette dont ils veulent se divertir.
Au matin, ils ont disparu vers leurs tombes à creuser, quand la mort viendra les faucher, elle n'aura plus qu'à souffler sur leur cadavre sec et froid.

L'herbe fume sous le soleil avec des vapeurs d'alcool et de pisse, la bise disperse les ordures pour former de nouvelles constellations. Les éboueurs viendront bientôt emporter les dernières traces, il faut faire place nette pour les suivants.

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# Posté le mercredi 16 janvier 2008 12:17

Modifié le samedi 19 janvier 2008 17:23